Dans un Maroc en pleine mutation culturelle et politique, au tournant des années 70, un groupe venu des quartiers populaires de Casablanca bouleverse tout. Nass El Ghiwane, c’est plus qu’un groupe musical : c’est une révolution artistique, une renaissance culturelle, un cri poétique porté par une jeunesse oubliée.
En puisant dans les traditions orales, les rythmes populaires et la langue darija, ils ont recréé une identité musicale marocaine puissante, moderne et profondément enracinée. Retour sur un phénomène qui a marqué des générations entières au Maroc et dans le monde arabe.
1. Une apparition à contre-courant
À une époque où les influences musicales en vogue venaient d’Égypte, du Liban ou encore d’Europe, Nass El Ghiwane apparaissent comme une rupture. Leur volonté : ramener les Marocains vers leurs propres racines, en célébrant la musique populaire locale dans un langage qu’ils comprennent, qu’ils vivent, qu’ils ressentent : la darija.
Leur usage d’instruments traditionnels comme la snitra, le guembri, le bendir ou la tbila tranche radicalement avec les orchestres à l’égyptienne ou les instruments électroniques occidentaux.
2. Hay Mohammadi : un terreau social et culturel
Le groupe est né à Hay Mohammadi, un quartier de Casablanca en pleine explosion démographique dans les années 60–70. Ce quartier, surnommé la “kariane centrale”, est marqué par la pauvreté… mais aussi par une richesse culturelle immense.
Chaque dimanche, des l7al9a (cercles de transmission orale et artistique) permettaient aux habitants venus de tout le Maroc de partager leurs traditions musicales. C’est dans cette effervescence culturelle que les membres du groupe ont grandi.
Leur musique est ainsi le reflet direct de la diversité du Royaume : un mélange de gnaoua, de malhoun, d’aita, de hamdoucha ou encore de l jilala. Une fusion innovante qui devient vite leur signature.
3. Une voix pour la jeunesse marocaine
Mais Nass El Ghiwane, ce n’est pas seulement une innovation artistique. C’est aussi un engagement social et politique profond. Dans les années 70, marquées par la répression politique et les tensions sociales (période connue comme les années de plomb), leur musique devient un exutoire.
Des chansons comme “Day3in” ou “Mahmouma” expriment, avec poésie et puissance, le mal-être d’une jeunesse marginalisée, le désespoir des quartiers populaires, mais aussi l’espoir d’un changement.
Leur parole libère, inspire, fédère. Pour la première fois, les jeunes entendent une musique qui parle d’eux, dans leur langue, avec leurs mots.
4. Une renommée mondiale
Le phénomène dépasse rapidement les frontières du Maroc. Martin Scorsese les surnommera même les “Rolling Stones of Africa”. Leurs tournées les mènent partout dans le monde arabe et au-delà.
Encore aujourd’hui, le groupe continue d’exister et de se produire, perpétuant cet héritage musical et culturel unique. Leur influence reste palpable dans la musique marocaine actuelle, et leur message, intemporel.
Plus qu’un groupe, un patrimoine vivant
Nass El Ghiwane, c’est une révolution douce, un souffle de liberté, un héritage vivant. Ils ont donné aux Marocains une musique qui parle au cœur et à l’âme, qui réconcilie tradition et modernité, qui revendique sans crier, qui soigne sans oublier.
Ils incarnent l’idée même que l’identité marocaine ne se transmet pas seulement par le sang ou le sol, mais aussi par le rythme, la poésie, et la mémoire collective.
Chez Back to Blady, nous croyons que la culture est le cœur vivant du lien entre les Marocains du monde et leur pays. En valorisant des figures comme Nass El Ghiwane, nous aidons chacun à se réapproprier un récit collectif fort et vivant.
Envie d’en savoir plus sur l’héritage culturel marocain ou de le transmettre à vos enfants ? Contactez notre équipe dès maintenant !



